Jean-Baptiste Laporte : le rêve américain d’un kiné sportif français [en]

Contre vents et marées, après des années de refus et de formation, Jean-Baptiste Laporte a réalisé son rêve de devenir kinésithérapeute sportif au sein d’un club de la National Football League (NFL).

Le 8 février 2016, la National Football League (NFL) a vu participer, pour la première fois en finale, un Français, lors du Superbowl 50, à Santa Clara, en Californie. Jean-Baptiste Laporte, kinésithérapeute sportif depuis trois ans au sein de l’équipe des Carolina Panthers, basée à Charlotte, reconnaît l’importance du moment.

« C’était une grosse opportunité que l’on essaie de prendre avec humilité. Être le premier Français au Superbowl, je vais m’en rappeler » raconte le jeune parisien, sérieux et vif. 

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Son ascension professionnelle est l’aboutissement d’une longue histoire d’amour avec son sport préféré : le football américain, découvert à l’âge de dix ans, lors d’un voyage scolaire aux Etats-Unis. Laporte a ainsi consacré sa carrière à la santé et la rééducation de ses joueurs. Cela s’est traduit par des années de persévérance, de refus, et de formation qui ont forgé son caractère, développé ses qualités professionnelles, et installé une réputation solide dans le monde du football américain.

« Quand j’ai obtenu mon bac, j’ai découvert la profession de kiné, et j’ai été immédiatement attiré par la kinésithérapie du sport, même si la kiné classique m’intéresse aussi » explique-t-il. Après avoir fini des études de masso-kinésitherapie et une formation complémentaire en kiné du sport, il a décidé de s’approcher du monde football américain, ne se doutant pas de la difficulté de sa mission.

La NFL, avec 1200 joueurs d’élite, est la seule vraie ligue professionnelle de football américain au monde. A cet égard, le milieu est très petit, particulièrement en ce qui concerne les physiothérapeutes, et il est extrêmement difficile d’y accéder sans être passé par le parcours typique qui comprend des écoles spécifiques, des stages et un réseau stratégique. De plus, ce métier, à l’instar de celui d’avocat ou de médecin, est très règlementé par l’immigration américaine. Aussi, il a fallu que Jean-Baptiste Laporte constitue un dossier qui expliquait quels étaient ses atouts. Il a donc mis en place un plan rigoureux pour se faire désirer par un club de football américain.

En 2004, ce franco-canadien est parti seul au Québec pour reprendre ses études de kiné sportive, en anglais à l’Université de Concordia car « cela faisait parti du plan ».

JPEG Jean-Baptiste Laporte s’est donné dix ans pour réaliser son rêve d’intégrer un club de football américain. Pendant huit années, il a envoyé à la même période de l’année sa candidature, en tant que stagiaire—l’entrée typique—aux trente-deux équipes de la ligue. En se donnant des défis chaque année pour continuer à avancer dans son plan, il a effectué plusieurs formations en Amérique du Nord, refait à nouveau ses études aux Etats-Unis, et a continué à agrémenter son curriculum vitae avec plus d’expérience, que cela soit au sein de l’équipe amateur canadienne ou dans l’enseignement, à l’Université de Concordia.

« C’était très long. Il y avait énormément de refus chaque année—aux États-Unis et même en France. Il a fallu que je crée des défis chaque année et que je coche des cases, toujours en gardant la ligne droite. »

A l’occasion d’une conférence dans le Sud-Est il y a quatre ou cinq ans, Jean-Baptiste Laporte a enfin rencontré le club des Carolina Panthers.

« Il fallait que je les rencontre. C’était la seule façon car je n’avais aucune connexion, aucune référence. Normalement, ça se fait comme ça. Il a fallu les intéresser. Ils m’ont reçu pendant deux ou trois heures et ils étaient assez sympas. Je voulais juste qu’ils me voient. »

Finalement après tant d’années d’études, Jean-Baptiste Laporte s’est trouvé trop qualifié pour être stagiaire. Il a donc postulé pour un poste à temps plein. En 2013, presque dix ans après avoir mis en action son plan, le club des Carolina Panthers l’a engagé.

Pourquoi prendre Jean-Baptiste Laporte, surnommé J-B par ses homolgues américains, au lieu d’un américain ? Peut-être son expérience, ou sa démarche, sa personnalité, ou même son accent très « Frenchy » qui fait rire ses collègues. En tout cas, il est sûr qu’il n’avait pas du tout le même profil que les autres candidats.

JPEG Avec la même rigueur et passion que Jean-Baptiste a mises dans la réalisation de son rêve professionnel, il se donne à son travail de rééducation des 63 joueurs du club, sept jours sur sept en pleine saison, avec des journées qui durent parfois quinze à vingt heures.

« Je considère rarement ça comme un travail. C’est une passion.  Oui, j’ai eu des cas compliqués, mais on y arrive toujours. Il faut aussi savoir qu’un très bon athlète rend un kiné encore meilleur. Plus la personne est motivée, plus elle récupère très vite. »

Hors saison, Jean-Baptiste Laporte profite pleinement de ses week-ends de libre avec sa compagne lors de soirées entre amis au centre-ville de Charlotte où ils habitent, de balades, de matchs amicaux au sein du club, ou de divers petits plaisirs de tous les jours.

« Pour l’instant, je suis bien. Je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup changé. Je suis Français avant tout. Je m’amuse avec les joueurs autant que quand j’étais en France. On rigole beaucoup. Ils sont tous au courant de mon histoire et ça leur plait. C’est, en fin compte, une histoire assez américaine. C’était long. C’était compliqué, mais c’est possible. »

Dernière modification : 18/04/2016

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