Hélène Crié-Wiesner, un regard français sur le mode de vie américain [en]

La Française à l’honneur du mois est Hélène Crié-Wiesner de Raleigh, en Caroline du Nord.

Journaliste, bloggeuse et auteure, Hélène Crié-Wiesner explore à travers son expatriation les différences qui existent entre la France et les États-Unis. Elle offre un point de vue français sur la vie américaine ainsi que sur des évènements contemporains, et poursuit sa passion des rencontres tout en entretenant ses relations professionnelles avec la presse française.

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Hélène Crié-Wiesner with her husband, Mark, a francophile professor of civil and environmental engineering at Duke University.

« Le journalisme est l’un des plus beaux métiers du monde, » s’exclame Hélène Crié-Wiesner. « J’ai l’honneur de raconter les histoires des gens. »

Une avide lectrice, ayant grandi dans une famille ouvrière du Mans, elle « n’était pas du bon milieu » pour ce métier qui « faisait rêver ». Cette vision des choses a changé alors qu’elle était éducatrice dans une prison. C’est là qu’elle a rencontré des journalistes de Libération et, avec une certaine candeur et beaucoup de talent, elle s’est lancée vers sa vocation. Ainsi, Hélène Crié-Wiesner a travaillé pour la Gueule ouverte, puis pour Brice Lalonde, (leader du parti écologiste, lors de la campagne présidentielle de 1981) comme attachée de presse, avant de parcourir le monde en tant que reporter environnementale pour Libération ou Chroniques écologiques. En 1987, elle a publié son premier thriller, Tchernobyl-sur-Seine, aux éditions Calmann-Lévy

Bien que le journalisme environnemental soit devenu sa spécialité, cela ne la distrait pas de son engagement en faveur des valeurs humaines. « J’aime bien rencontrer des gens nouveaux et apprendre des choses. Je ne me sens pas militante, mais très concernée, intéressée [par les questions environnementales]. »

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Hélène Crié-Wiesner (right) is active in the French community.

Reconnue par la profession, Hélène Crié-Wiesner part vivre, aux États-Unis avec son mari américain en 2000, sans faire de pause dans sa carrière. C’est ainsi qu’elle a continué à écrire pour Libération, Politis et Sciences et Avenir et a commencé à blogger pour Rue 89 où elle analyse la vie américaine et sa culture, dans son blog American Miroir. Un autre blog American ecolo, qu’elle ne tient plus, a inspiré un de ses livres. Parmi les histoires les plus poignantes figure celle d’un condamné à mort de Houston, incarcéré depuis 25 ans, qu’elle a rencontré régulièrement pendant deux ans avant qu’un appel de la cour ne lui permette d’être rejugé. « Ca m’a bien bouleversée. Cet homme innocent avait mon âge. » Ils ont, depuis, perdu le contact.

Flattée quand les lecteurs reconnaissent et apprécient son style, elle écrit moins ces jours-ci, préférant choisir uniquement les sujets qui l’intéressent, que ce soit la peine de mort ou le Kennedy Space Center, les champs photovoltaïques ou l’industrie du prêt-à-porter lesbien. « J’aime apprendre de nouvelles choses, mais le sujet doit être intéressant. Il faut que le produit soit chouette. »

En s’installant en Amérique, Hélène Crié-Wiesner a été surprise de découvrir que les frontières sociales et politiques tendent à s’effacer au sein de la communauté d’expatriés. C’est ainsi qu’elle a commencé à fréquenter des cercles de personnes qu’elle n’aurait jamais imaginé fréquenter auparavant. « On sympathise vraiment avec des gens de milieux différents. Ici, on est carrément amis. » Très impliquée dans la vie de la communauté française, elle aime les fêtes, la gastronomie, la musique de son mari, un contrebassiste de jazz-blues, et les échanges de livres avec d’autres Français, plus particulièrement ceux qui sont engagés. Marie Darrieussecq et Laurent Binet sont parmi les nombreux auteurs représentés dans son Kindle.

JPEG La grande passion d’Hélène Crié-Wiesner est le tissage, une activité à laquelle elle s’est initiée en France. Désormais instructrice certifiée, elle peut facilement passer huit heures à travailler sans relâche à un motif figuratif avec beaucoup de relief, semblable à ceux du Moyen-Âge. « Ça pourrait bien être ma prochaine carrière, » s’amuse-t-elle.

Optimiste, ouverte et sociable, Crié-Wiesner a appris à naviguer les us et coutumes américains et à tenir sa langue afin de ne pas offenser ses interlocuteurs. Ses trois enfants binationaux diraient que malgré tout, elle est toujours abrupte dans ses opinions. « Je sais à peu près me comporter correctement comme une américaine. » Et même si ses enfants la qualifient d’intellectuelle, « au sens américain, du terme, » elle accepte le fait qu’elle sera toujours prise entre deux cultures différentes, « américanisée » selon ses amis et sa famille, en France, et pas une native parfaitement intégrée de son pays d’adoption.

« J’ai toujours pensé que je retournerais en France, » explique-t-elle, évoquant l’avenir. « J’ai dû mal à m’imaginer vieille dame ici. » De plus, sa mère de 89 ans, ses sœurs et ses frères vivent toujours en France. Cependant, comme beaucoup d’expatriés le savent, l’arrivée de petits-enfants pourrait bien changer la donne. « Mais on a encore largement le temps ! »

Dernière modification : 02/12/2015

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