Jessy Labbé : au carrefour des microorganismes et des bioénergies franco-américaines [en]

Qu’il randonne dans les Appalaches ou dans les montagnes Vosgiennes, vous pouvez être assurés que le Dr. Jessy Labbé observe son environnement dans ses moindres détails. Là où un œil inexpert ne verra qu’arbres, verdure et terre, ce Lorrain y verra le grand schéma de la vie, depuis l’organisation des génomes aux communications entre organismes, les échanges entre scientifiques, en passant par les startups qui créent de nouvelles solutions pour alimenter, au sens propre comme figuré, notre monde moderne.

JPEG Issu d’une famille de militaires qui a connu de nombreux déménagements, Jessy Labbé est arrivé en 2007 à l’Oak Ridge National Laboratory (ORNL) du Département d’énergie américain au Tennessee dans le cadre d’une collaboration qu’il avait initié au cours de son doctorat à l’INRA de Nancy afin de continuer son travail de recherche sur les génomes fongiques et leur environnement, d’améliorer son anglais et d’établir des liens transatlantiques avec la France. À cette époque-là, le changement climatique n’était pas ou vaguement évoqué, ni dans les médias, ni dans la communauté scientifique contrairement à la situation en Europe où il a été formé. Les choses ont bien changé depuis, et, alors que la transition énergétique compte un aspect biologique, ce généticien moléculaire et cellulaire des interactions entre plantes et microorganismes s’est trouvé placé à une position stratégique qui lui permet d’offrir, aujourd’hui, une contribution significative à la communauté scientifique. Après y avoir complété un post-doctorat en 2009, un travail lui a été offert à l’ORNL en 2012 en tant que directeur de recherche, lui permettant, ainsi qu’à sa jeune épouse qui n’avait auparavant jamais quitté sa Lorraine natale, de revenir au Tennessee. Ainsi, Jessy Labbé a repris en main le programme franco-américain qu’il avait initié quelques années plus tôt. Aujourd’hui, ce partenariat franco-américain compte plus de 78 scientifiques et doctorants.

« Le programme a beaucoup grandi ces dernières années et l’on a pu observer un élan pour les bioénergies. La France et les États-Unis ont tous deux des expériences différentes et complémentaires qui se sont traduites par des résultats économiques concrets. Actuellement, la situation est extrêmement favorable et nous œuvrons à renouveler cette coopération et à l’étendre en France, en particulier. »
Couplant les outils technologiques de la génomique à l’écologie, ils décryptent les interactions entre les microorganismes (bactéries et champignons) et le peuplier, arbre à croissance rapide qui représente une des sources les plus durable, propre et sans compétition avec les cultures alimentaires, pour la production de biocarburants.

« J’aime la microbiologie. Les bactéries et champignons sont un environnement riche pour n’importe quel autre organisme. En étudiant la façon dont les bactéries et les champignons interagissent avec d’autres organismes, nous apprenons de leur communication sur un plan génétique et nous créons de nouvelles énergies. »

Concrètement, l’étude des interactions « des racines aux gènes » trouve des applications, notamment dans la gestion des forêts d’aujourd’hui et de demain, la production de biocarburants et de nouveaux matériaux à partir de biomasse sans pour autant créer un déficit alimentaire, et même dans l’identification de nouvelles sources de lipides produites par les champignons qui peuvent fournir une formidable base nutritionnelle pour les humains autant qu’une source d’énergie propre.

« La connaissance des microorganismes dans leurs environnements nous aide à exploiter la biomasse naturelle dans nos industries, le tout pour un développement durable dans un environnement durable. »

La vie en dehors du labo

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La Famille Labbé
Jessy avec son épouse Audrey et leur fils Justin.

Ravi par son développement professionnel que cette expérience à l’étranger lui offre, Jessy Labbé préfère se concentrer sur ses travaux de recherche actuels, ainsi que sur sa femme et leur fils de 4 ans, que de se projeter dans l’avenir.
« Ici, je m’épanouis vraiment. Je suis reconnu pour mon travail et ça me plaît.  »

Il admet que c’est agréable d’être aussi entouré de collègues français, à la University of Tennessee-Knoxville, où il est professeur assistant dans le département de Biochimie, Biologie cellulaire et moléculaire et où de nombreux compatriotes viennent étudier ou bien travailler dans une des compagnies françaises de la région. De plus, Dr. Labbé est très engagé dans le développement des échanges entre les États-Unis et la France que ce soit dans la recherche, ou bien au niveau local avec des professeurs de français ou même des voisins.

Homme curieux, déterminé et légèrement perfectionniste, Jessy Labbé a trouvé son rythme aux États-Unis. Lorsqu’il n’est pas dans son laboratoire, cet amateur d’arts martiaux et ancien instructeur de karaté aime voyager, découvrir des cultures différentes, lire et jouer au golf — sport auquel il s’est initié aux États-Unis, où l’accès y est simple et qui permet de se relaxer tout en développant un solide réseau social.

Une Passion pour la nature

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Malgré tout, son premier amour demeure son travail qui le maintient, tout autant, immergé dans son autre premier amour. Il confesse : « j’aime la nature et recueillir de nouveaux organismes. »

Pour tous ceux qui aiment avoir de bons champignons dans leur assiette, il n’est de meilleur compagnon de randonnée que ce passionnant biologiste.

« Les États-Unis comptent une grande diversité de champignons sauvages et comestibles. Notamment les Appalaches de l’est du Tennessee qui concentre la plus grande diversité fongiques d’Amérique du nord (avec localement plus de 3000 espèces), vous pouvez trouver des morilles, des chanterelles et même des truffes (blanches proches des italiennes) si vous savez où chercher… bien entendu, la meilleure truffe reste la truffe noire (du Périgord) de France. »

Dernière modification : 30/06/2015

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