Patrick Terrail, ou défenseur de la qualité de vie. [en]

Éditeur, auteur, consultant gastronomique et propriétaire de restaurant, ceci n’est qu’un aperçu de l’épique curriculum vitæ de Patrick Terrail.

56 ans après avoir fait de l’Amérique sa patrie d’adoption — en passant de New York à Palm Beach, et de Los Angeles à Atlanta — il peut sembler surprenant qu’il choisisse de s’établir à Hogansville, Georgia, petite ville rurale de 3000 âmes. En dépit de toute idée reçue, cette petite communauté offre à Terrail la possibilité de passer plus de temps avec sa famille en vivant dans un environnement dénué de stress.

JPEG « J’ai toujours voulu consacrer mon travail à la qualité, » explique ce natif de Paris dans un anglais parfait qui dissimule ses origines. Entouré d’une importante collection de toiles de Lichtenstein, Rauscheberg, Warhol, Gilot, et d’autres artistes moins connus, Patrick Terrail vit dans une maison faussement modeste qui traduit son goût pour l’excellence avec sa femme et leur fils de 7 ans. Élégant, attentif, introspectif et pédagogue, il incarne la rencontre du Vieux Continent avec le Nouveau Monde grâce à sa compréhension parfaite de la tradition gastronomique française et sa connaissance intime de la culture américaine.

Dans la lignée d’une prestigieuse famille de restaurateurs, propriétaires, entre autre, de la Tour d’Argent à Paris, Patrick Terrail est arrivé à Nez New York en 1959 et a étudié la gestion hôtelière à Cornell University suite à quoi il a ouvert un des restaurants les plus courus de Los Angeles dans les années 70 et 80 : Ma Maison. En offrant un service sur mesure à des clients de renom, Terrail a entretenu une culture de la recherche d’une qualité supérieure qui a été récompensée plusieurs fois, notamment, par l’Ordre national du mérite-agricole et dont le prestige est encore présent à la mémoire collective, 30 ans plus tard.

«  À cette époque-là, c’était simple. Tout ce dont on avait besoin était un peu de savoir-faire et un accent français. L’industrie hôtelière adore ça. C’est l’histoire de Ma Maison. »

Le diagnostic d’un cancer et les jeux Olympiques d’Atlanta ont amené Terrail à s’installer dans le Sud-Est, où il a rencontré son épouse Jackie, en 1994. Une fois mariés, ils se sont installés à Hogansville, guidés par un ami. « J’aime mieux vivre ici qu’à Atlanta, » affirme-t-il.

Toujours à la recherche d’activité, il y a ouvert un café, accessible au public seulement 2 jours par semaine, suivi d’un restaurant et d’une école de cuisine dans la ville de Newnan.

« Il y a trop de restaurants médiocres. Malheureusement, le public n’a rien pour comparer. On n’a pas le droit de juger les gens pour leur ignorance. On doit s’adapter. La cuisine française ne doit pas être intimidante. Il est important d’éduquer le public.  » Ainsi, dans le Sud rural, les croissants ont été baptisés French rolls, la quiche cheese pie, et ce qui n’intéressait pas les clients au départ est devenu un plat de choix qui attire de loin les consommateurs.

De la restauration à la rédaction

Le besoin de changement a conduit Patrick Terrail, comme par hasard, à se diriger vers la rédaction.

« À notre arrivée, il y avait trois journaux qui couvraient, essentiellement, les faits divers et autres mauvaises nouvelles au détriment de l’information propre à la vie locale.  » Pas complètement étranger aux médias —il a animé une des toutes premières émissions culinaires à la télévision, à l’époque où Julia Child et lui étaient bons amis— Terrail a décidé d’acheter une page du journal local à la condition qu’il pourrait publier son contenu sans contrainte. Bien sûr, cela n’a pas très bien fonctionné, au départ, et Terrail est allé rencontrer un de ses amis de Los Angeles, propriétaire d’un journal pour apprendre à démarrer et gérer une telle affaire. « À notre retour, nous avons publié une annonce pour recruter un éditeur et un graphiste. »

JPEG 12 ans plus tard, 85 South—Out & About est passé de 4000 à 50000 exemplaires, offrant une « information positive » destinée à divertir, éduquer et soutenir l’activité de la communauté locale le long de I-85 South, de East Point à Columbus. Les 14 employés prennent part à l’élaboration du mensuel gratuit qui comprend également une version digitale et une émission radio éponyme diffusée le samedi matin et animée par Terrail, lui-même.

« Je m’entoure de jeunes gens car ils n’ont pas la même vision que moi. Peut-être sont-ils plus intelligents. J’aime m’entourer de personnes qui ne se contentent pas de dire oui. » Malgré tout, sa position de fondateur et de rédacteur en chef lui donne autorité sur tout ce qui est envoyé à l’impression que ce soit la promotion d’un festival ou d’un restaurant local, ou même d’un conseil de jardinage. Chaque année, le numéro du mois d’août est consacré à la France. L’an dernier, le magazine a été dédié au 70ème anniversaire du débarquement et à la diversité des fromages. Cette année, il y aura sans doute un article sur Bordeaux, une des destinations estivales de Terrail et sa famille.

« Nous partageons notre vie sur papier. Ça pourrait s’appeler la télé-réalité imprimée.  »

Ambassadeur culturel, transmission culturelle

La volonté de Terrail de révéler les qualités de sa communauté se lit autant dans son magazine que dans son propre investissement dans la communauté. Par exemple, il prête des œuvres de sa collection à des galeries locales, comme cela a été le cas en 2011 lors de l’exposition Françoise Gilot au LaGrange Art Museum. Également, il rencontre des étudiants du LaGrange College pour leur parler de la gastronomie française et initier des projets d’étude en France, et il organise des dîners français pour lever des fonds pour soutenir des organisations telles que la French Heritage Society ou the Boys and Girls Club.

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« Nous avons besoin que les français deviennent de meilleurs ambassadeurs de notre beau pays. »

Pour Patrick Terrail, sa plus grande fierté est sa famille. Epoux et papa attentionné, il est connu pour laisser des messages affectueux dans la boîte à déjeuner de son fils Gabe. En plus des séjours dans leur maison d’été à Mandelieu La Napoule, sur la Côte d’Azur, il rêve d’emmener son fils faire un tour du monde. Au regard de l’excellence du travail de Patrick Terrail, nul doute que Gabe recevra la meilleure éducation qu’un père saurait offrir.

Dernière modification : 29/05/2015

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