Yan Orjoux, le Self-Made-Man [en]

Assis à sa place habituelle, dans un coin de son restaurant favori, un restaurant indien et végétarien à Marietta, en Géorgie, où il aime manger épicé – aimant « l’effet riche, étalé de la cuisine asiatique » — Yan Orjoux arrive parfaitement à se fondre parmi la clientèle diverse. Avec sa grande ossature carrée et son accent français prononcé, se fondre dans la masse n’est pourtant pas toujours évident, particulièrement avec sa vie professionnelle qui l’amène à passer jusqu’à cinq mois de l’année à l’extérieur des États-Unis.

Cependant, c’est ce qu’il essaie de faire. Direct comme un américain et chaleureux comme un homme du Sud, il se soucie de son serveur Indien dont il connaît le nom et plaisante avec des inconnus comme de vieux amis. Les personnes qu’il aborde, sont-elles des proches ou bien aime-t-il tout simplement les considérer comme tels ?

Cela pourrait sans doute expliquer, au moins en partie, le secret de son succès à l’âge de 46 ans. En quinze ans, Yan Orjoux a bâti et développé une entreprise de fabrication et d’exportation de matériel pour l’industrie pétrolière, basée à Marietta, Star Trade International, LLC. Nommée en souvenir d’un bar de Little Five Points où il a rencontré sa femme américaine, lors des Jeux Olympiques de 1996, l’entreprise compte aujourd’hui une trentaine d’employés répartis sur plusieurs sites dans le monde, notamment en Asie, et a parmi ses clients les plus grands noms de l’industrie pétrolière.

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Yan Orjoux, avec ses fils Loïc et Samuel en faisant du bâteau sur la côte de Bretagne.

« J’ai toujours voulu travailler pour moi, » explique ce passionné de bateau et de vélo. Originaire de Bayonne sur la côte Basque, il attribue son attirance par l’entrepreneuriat à son grand rêve de voyager et de liberté « J’aime être libre de passer du temps avec ma famille et mes amis ou de pouvoir faire de la voile ou du vélo à tout moment.  »

La naissance d’une idée

L’idée de créer cette entreprise est née en Afrique Yan Orjoux était alors à la tête de General Motors Gabon, après avoir travaillé dans la distribution et l’exportation de matériel électrique au sein du Groupe Pinault pendant 6 ans pour la zone Afrique et Amérique du Sud —une belle opportunité qu’il attribue à son mentor qui à l’époque l’avait pris sous son aile — suivi de deux années à Londres comme responsable de la zone Afrique pour la société Japonaise Itochu.

Ayant remarqué les besoins en matériel de qualité pour les réparations de plateformes pétrolières, le démarrage de l’entreprise a lieu dès son arrivée aux États-Unis avec sa femme et leur bébé en 2000. Le moment était venu de voler de ses propres ailes.

« Les États-Unis sont le pays par excellence pour pouvoir démarrer et faire prospérer une entreprise, cela en grande partie grâce aux structures en place et à leur flexibilité, tel que le tissu industriel et bancaire. »

Devenir un Self-Made-Man

Devenir un « self-made-man » aux États-Unis ne se fait pas du jour au lendemain. Au début, Yan Orjoux avoue que démarrer de zéro une entreprise dans un pays qu‘il connaissait peu, a demandé avant tout une grande énergie et volonté. Huit mois après la création de son entreprise, il est parti en Asie à la recherche de clients.

Yan Orjoux a frappé à plusieurs portes et s’est trouvé un jour face à un patron chinois qui, reconnaissant le gros problème d’approvisionnement de sa compagnie de raffinage, l’a introduit auprès de plusieurs sociétés pétrolières. Grâce à ce périple audacieux, Star Trade International, LLC a connu un démarrage idéal.

La deuxième année, il a ouvert un bureau à Shanghai. Depuis lors l’entreprise est présente dans 15 pays.

« Je suis un passionné et je suis très curieux. J’aime beaucoup voir comment les choses fonctionnent, découvrir de nouvelles technologies,  » raconte-il pour expliquer sa stratégie globale. La semaine prochaine, il sera en Corée du Sud, puis en Malaisie et en Indonésie pour visiter des usines mais surtout pour aller à la rencontre des clients et travailler à de nouveaux projets. « J’essaie toujours d’être très présent sur le terrain et de diversifier nos activités par le biais de nouvelles technologies pour rester compétitif auprès de nos clients. »

Un homme de tradition, un homme de famille

Yan Orjoux attribue une partie de sa fascination pour l’Asie au respect des traditions. Il soigne donc le respect des traditions dans son propre foyer et assure la transmission de sa culture française à ses deux fils Samuel (15 ans) et Loïc (12ans) grâce, en partie, à des voyages annuels d’un mois en France et surtout de la langue française parlée à la maison.

Passionné de voyage - il s’est rendu dans 75 pays selon son dernier décompte – il explique que passer presque la moitié de l’année loin de sa famille n’est pas aussi pénible que cela semble, d’autant plus que sa femme Alanne, journaliste pour CNN, et ses fils partagent aussi le goût des voyages. Père attentif, il a enseigné le français pendant six ans dans des cours extra-scolaire à l’école primaire de ses enfants. Yan Orjoux est très fier d’exposer ses fils à des cultures, des religions, et des situations socio-économiques différentes.

« Ils ont déjà visité plusieurs pays, nous voulons simplement leur apprendre à aimer et à respecter les autres pour ce qu’ils sont, quelle que soit leur couleur de peau ou leur religion et non pas uniquement pour ce qu’ils ont. »

Auriez-vous des conseils à donner à de jeunes Français qui aspirent à faire de même dans le Sud-est américain ? Yan Orjoux sirote son thé indien sucré avant de répondre :

« Être authentique, passionné et bien sûr avoir un projet solide. Mais avant tout, quel que soit le pays et le projet, être audacieux, aimer le travail bien fait, ne jamais se decourager et ne pas hésiter à frapper aux portes sans a priori ni crainte. »

Dernière modification : 30/01/2015

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