Morton B. Waitzman [en]

Depuis ce jour du 6 juin 1944 où il a posé le pied sur une plage de Normandie pour la première fois, le Dr. Morton B. Waitzman est retourné deux fois en France. Cependant, ce professeur émérite, ancien directeur du département d’ophtalmologie d’Emory University, a pris conscience que son silence nourrissait les mensonges des négationnistes lors de sa participation à la tournée européenne de commémoration du 50ème anniversaire du débarquement. Ainsi, après avoir gardé ces douloureux souvenirs pour lui pendant plus de cinq décennies, il a commencé à en parler à ses proches, puis aux autres.

JPEG « Après Pearl Harbor, dont je me souviens très clairement, je voulais m’engager dans l’armée mais j’étais encore trop jeune, c’est pourquoi j’ai dû attendre un an. C’était donc en janvier 1943, que j’ai été incorporé, » explique le natif de Chicago, lors de notre entretien dans sa demeure d’Atlanta, où il vit depuis cinquante ans. « J’aurais pu être conscrit mais j’ai préféré m’engager. Étant de confession juive, nous entendions des récits sur ce que vivaient les Juifs en Europe, et sans connaître tous les détails, nous avions conscience de l’horreur qui était en train de se produire. »

Waitzman est formé aux communications pendant un an pour devenir expert en code Morse, qu’il maitrise encore à ce jour. Il parle aussi couramment le français, qu’il a étudié à l’école et pendant son temps libre.

« L’armée m’a proposé soit d’étudier en école d’ingénieur et candidater au grade d’officier, soit d’aller en Europe. Évidemment le choix était simple : je ne connaissais rien au métier d’ingénieur et j’ai décidé de partir. »

À la fin décembre 1943, il navigue vers Londres pour être radio-opérateur, en charge d’intercepter les messages allemands échangés en Morse et de maintenir le contact avec la résistance française, notamment avec les Forces françaises de l’intérieur (FFI).

« J’étais en contact avec eux car nous voulions obtenir le maximum d’informations sur les allemands. » JPEG

le 6 juin 1944

Le jour-J approchait à grands pas mais les hommes ne savaient ni où, ni quand cela se produirait.

« Finalement, nous avons été envoyés près de Plymouth, en Angleterre, où j’ai embarqué à bord du navire-mère, le 6 juin 1944, par un temps froid et orageux et une mer agitée. Je portais sur mon dos une radio, un fusil M-1, des grenades et des munitions. J’étais à la fois fantassin et agent de liaison.

« Beaucoup d’entre nous n’ont pas survécu au saut depuis les filets des cargos sur les engins de débarquement… J’ai atteint Omaha Beach, en Normandie, le 6 juin 1944, vers 5 heures 30. Pour nous aider, des soldats ingénieurs nous ouvraient la voie pour nous aider à échapper au guêpier tendu par l’ennemi. »

La mission de Waizman était triple : atteindre la plage aussi vite que possible, indiquer à la Navy si les tirs d’obus étaient trop longs ou trop courts, et enfin établir un contact direct avec les FFI.

« L’objectif de la Navy était de faire des trous dans le sable de plage afin de sécuriser l’avancée des troupes vers la jetée. Malheureusement, ça n’a pas été possible pour tout le monde… j’ai perdu tant de camarades sur cette plage… ça a été un moment très difficile… » sa voix chevrotant, secouée par l’émotion. Les sonneries de son iPhone l’ont ramené au moment présent.

« Nous avons atteint une plage proche de Colleville puis nous sommes allés dans les collines situées non loin de là… C’est là que nous avons passé notre première nuit. Le reste, c’est de l’histoire ; les batailles des haies jusqu’à Saint-Lô.

« Le jour J a eu lieu il y a 70 ans. Pour moi, c’est comme si c’était hier. »

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Waitzman in Paris after the liberation

Waitzman a ensuite pris part à la baille de Saint-Lô, avant d’être transféré au 115ème régiment d’Infanterie commandé par le Général LECLERC, qui a délivré Paris.

Accueilli en héros par des jets de fleurs, il se souvient d’avoir dû lutter contre les baisers des Françaises reconnaissantes. « Nous avions libéré Paris ; n’était-ce pas merveilleux ? »

Ils ne sont restés que 2 jours dans la capitale libérée avant de reprendre leur avancée. Avant de réintégrer le 115ème régiment d’Infanterie, M. Waitzman a participé à la bataille des Ardennes.

« Au milieu des combats, je ne cessais de penser que je devais survivre pour aller à l’école et accomplir la destinée. Il était vital que ma vie soit utile et ne se résume pas à tuer. »

M. Waitzman et son unité, une fois le Rhin traversé, ont participé à la libération du camp de Mittelbau-Dora.

« Il est difficile de se débarrasser de ces souvenirs. Ils continuent de me hanter au milieu de la nuit » tandis qu’il évoque des atrocités dont il a été témoin dans les camps.

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Après la guerre, M. Waitzman est retourné à l’école, ainsi qu’il l’avait décidé puis a épousé Aviva avec laquelle il compte, 65 ans plus tard, 3 enfants, 4 petits-enfants et encore une unique arrière-petite-fille. En 2004, il a emmené quelques-uns d’entre eux en France afin de leur faire partager son expérience.

« Vous ne pouvez pas imaginer la chaleur et la reconnaissance exprimées par ces gens, en Normandie en particulier. Ils ont partagé ce qu’ils pouvaient. Ça a été une expérience humaine très riche. La chaleur des échanges était palpable, » décrit le vétéran, âgé aujourd’hui de 90 ans mais paraissant 20 ans de moins.

Son épouse Aviva, assise, à l’écoute de son mari, faisant quelques allez-retours pour chercher les documents qui étayent la véracité de ses récits ajoute : « À ce jour, notre affection pour la Normandie est toujours aussi forte. »

M. Waitzman rayonne en enveloppant sa femme du regard, toute l’énergie et la vivacité de leurs 70 années de mariage contenues dans ce moment-là.

« Je possède tant : ma famille, mes recherches, tout ce à quoi j’ai pu contribuer. Je suis comblé ! »

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Dernière modification : 17/06/2016

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