Dewitt E. Wells [en]

Dewitt E. Wells a été le troisième membre de sa famille à partir à la guerre. Son frère était dans les Marines, sa sœur dans la marine et jusqu’au jour de sa mobilisation, à la fin du lycée, il ne se souciait pas de ce qui se passait dans le monde.

« Je me suis dit qu’il valait mieux aller à la guerre plutôt que d’aller en prison, » raconte ce chaleureux et loquace vétéran.

Une fois reçu un entrainement de base, il a rejoint le 359ème régiment de la 90ème division d’infanterie en mai 1944. En repensant au jour J, Wells se remémore son ignorance de la guerre telle qu’elle.

« Que signifiait le jour J d’ailleurs ? » se demande-t-il. « Ils nous ont dit que nous partirions le 6 juin sans nous donner plus d’explications. A 19 ans, je n’ai pas compris… Je n’ai pris conscience de la réalité de la guerre qu’au moment de l’affronter. »

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Dewitt Wells at age 19

Attaché à la 4ème division, le régiment de Wells a été l’un des premiers à atteindre Utah Beach, où la violence de la réalité l’a frappé sans détour. « Baisse la tête. Ne te retourne pas. Regarde droit devant toi. » ont été pour lui des paroles salvatrices.

L’omniprésence des haies dans le paysage français a également beaucoup marqué le sergent-chef Wells.

« J’ai toujours été fasciné par les haies françaises même si je ne sais pas comment les habitants les ont construites. A partir de la Normandie, je n’ai vu que des haies. Tous nos combats semblaient se poursuivre d’une haie à une autre.

A 40 ou 50 kilomètres des plages, Sergent Wells s’est enfin trouvé face aux gens qu’il était venu secourir. Il se souvient très clairement de la première Française qu’il a croisée.

« C’était une vieille dame aux cheveux gris, accompagnée d’un enfant. Nous nous sommes salués puis elle m’a étreint. Elle était vraiment heureuse de voir les Alliées arriver. Le camp adversaire représentait le Mal, d’après ce que je comprenais. Elle ne cessait d’agiter les mains pour tenter de me faire comprendre ce qu’elle me disait. »

Le sergent-chef Wells a participé aussi aux violents affrontements qui ont conduit à la libération de Picauville, de Cauquigny et de Pont l’Abbé.

« La guerre dans les villes était ce qu’il y avait de plus difficile. Il était impossible de voir qui vous tirait dessus, ni d’où provenaient les coups de feu. »

En fait, la 90ème division d’infanterie a participé aux combats les plus sanglants de la campagne de Normandie, avant de se diriger vers Fontainebleau et de sécuriser la Seine. La bataille pour la libération de Reims, Thionville et Metz, dans l’Est de la France, a été rude et la résistance ennemie féroce.

« J’aurais aimé aller à Paris, » déclare Wells avec regret.

En 1947, il est retourné aux États-Unis où il a épousé la femme de ses rêves, fille de proviseur, autrefois inaccessible. Le couple a eu trois enfants, puis a quitté New York pour s’installer en Caroline du Nord, en 1971, où Wells a travaillé chez Caterpillar pendant 20 ans.

À 90 ans, Wells est encore très actif et travaille pour son fils élagueur.

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Wells and the Letters from Home Singers. Photo courtesy of lettersfromhomesingers.com

« Il me fait travailler sur des souches d’arbres. Tant qu’il me donne du travail, je suis heureux ! »

Le sergent-chef Wells vient en fait de terminer la fabrication de son premier cornhole platform qu’il a peint d’un bleu azur. C’est peut-être le début d’une nouvelle vocation.

Passionné de patins à roulettes, il explique comment, alors âgé de plus de 70 ans, il a enseigné à trois couples l’art de danser avec des patins à roulettes, bien avant le décès de son épouse disparue il y a maintenant trois ans.

« Si mes genoux me le permettaient, j’irais encore patiner 2 à 3 fois par semaine ! » s’exclame-t-il.

Bien qu’il aimerait retourner en France, le sergent-chef Wells sait qu’il ne le fera pas. Son fils à ses côtés, il se prépare à célébrer les commémorations du 70ème anniversaire du débarquement à Bradford, Virginie.

« Bien que ces évènements se soient produits il y 70 ans, c’est encore difficile… l’idée de tuer quelqu’un, même en temps de guerre… jamais je ne voudrais revivre cela. J’étais heureux de partir au combat. Je ne voulais pas y aller, pourtant… Nous n’étions pas forcés de le faire. Nous étions conscrits et devions remplir notre mission du mieux que nous le pouvions. La guerre est une chose horrible. »

Comme pour beaucoup de vétérans, certains souvenirs ne valent pas d’être remués.

« Ce fut un voyage très intéressant. J’y ai beaucoup appris. J’ai appris à être positif. »

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Dernière modification : 17/06/2016

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