Monsieur Contraste : Jean-Christian Rostagni [en]

Du 19 février au 1er mars, le Carrack Modern Art Museum, à Durham, en Caroline du Nord, accueillera une exposition de photographies, accompagnée du documentaire du réalisateur Rodrigo Dorfman : “Monsieur Contraste : The Church of Photography”. Monsieur Contraste, ou Jean-Christian Rostagni, à la ville, a construit sa carrière sur un terrain d’antagonismes, dans lequel il mêle avec fierté les esthétiques aux techniques de deux écoles différentes de photographie.

« Je m’intéresse à beaucoup de choses, souvent contradictoires, » confie ce natif de la vallée du Rhône. « J’ai une tendance à dire que je fais de la photographie résultant du mariage entre Henri Cartier-Bresson et Edward Weston, » tous deux parents de la photographie moderne. L’approche photo-journalistique de Cartier-Bresson est basée sur les émotions et le mouvement du mouvement, en contraste avec l’école américaine de Weston, à la « technique parfaite ».

La passion de Jean-Christian Rostagni pour la photographie est née à l’âge de 15 ans, au cours d’une croisière en Méditerranée avec ses parents. A cette époque, il jouait avec l’appareil photo de son père, simple « outil de souvenirs », ainsi qu’il aime à le nommer. Cependant, alors qu’il observait le monde autour de lui, Rostagni a pris conscience que tout un monde existait autour de la photographie et ainsi d’une simple curiosité a germé une véritable passion.

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“Mon beau-père faisait de la peinture et nous étions souvent entourés de peintures,” explique Rostagni. “J’ai essayé vainement, mais je n’avais pas l’agilité des doigts.” Par contre, la photographie lui donnait la liberté à laquelle il aspirait. « Comme on dit : un photographe, c’est un peintre qui ne sait pas dessiner. »

Loquace, il évoque avec bonheur son parcours qui l’a conduit des écoles de photographie de Paris et de Marseille à Durham, en Caroline de Nord. C’est en Provence qu’il a rencontré son mentor, Denis Brihat, “le Edward Weston vivant” et qu’il a démarré sa carrière de photographe professionnel. « Bien que j’ai été formé par l’école de Weston, j’aime bien la notion de la spontanéité qui se trouve dans l’école française. Ce n’est pas très courant d’avoir une compétence en opposition.”

Bien sûr, pour pouvoir saisir un moment pittoresque et éphémère, il faut toujours avoir un appareil photo à portée de main, chose que l’épouse et les deux filles de Rostagni vivent chaque jour, bon gré, malgré. Avec peu de temps à consacrer à d’autres loisirs, la photographie est devenue son travail, son passe-temps, sa religion.

Aussi, voyager tient-il un peu des trois. « J’aime vraiment voyager en voiture, » explique-t-il, « Ma femme conduit souvent pour que je puisse prendre des photos depuis le siège passager. » Il nomme ce style “drive-by shooting” et a ainsi intitulée une de ses séries. Rostagni a commencé à employer cette technique pour son projet de photos sur la classe moyenne en Afrique, et n’a cessé de l’utiliser une fois installé aux Etats-Unis, peu de temps plus tard.

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Of By For © Jean-Christian Rostagni.

Au départ, Rostagni n’était pas particulièrement intéressé par les Etats-Unis mais sa rencontre avec Trisha dans les rues d’Aix-en-Provence a changé sa vision. Pendant six ans, il l’a courtisée sans relâche, se rendant plusieurs fois à Chapel Hill, en Caroline du Nord, où elle étudiait. Plus jolie qu’il ne l’avait perçue au début, cette petite ville universitaire l’a conquis. « Les Etats-Unis avaient quelque chose à offrir qui était tout à fait attirant, » explique Rostagni à propos de la décision du couple de quitter Paris pour s’installer Chapel Hill, en 1993.

Au cours des vingt années suivantes, Rostagni a développé son réseau en publiant notamment dans le Monde, Elegant Bride, Marie-Claire et en donnant des conférences en Caroline du Nord et en France. Bien que ses finances ne lui aient pas permis de se rendre souvent en France, il estime beaucoup son héritage français. Par ailleurs, il a développé une certaine renommée pour son travail de photographie politique. « J’ai toujours travaillé dans les milieux politiques, » explique-t-il, admettant que s’il n’avait pas choisi la photographie pour profession, la politique ou le vin auraient été une alternative possible, si seulement il n’avait pas été un des ces artistes qui le sont « car ils ne peuvent être rien d’autre. » Sa série, « Life on Mars » (2003-2008) a suivi l’administration présidentielle américaine précédente jusqu’à l’investiture de Président Barack Obama. Un de ses clichés, pris lors d’un événement historique a suscité tant d’intérêt, qu’avec le soutien de l’ambassadeur de France, M. François Delattre, et les fonds levés par des admirateurs, il a pu être envoyé à la Maison Blanche.

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More Art Less Pope © Jean-Christian Rostagni.

Malgré ses succès dans un marché, sans conteste, difficile, et face à ses responsabilités familiales, défendre ses valeurs esthétiques demeure un défi permanent. En fait, le postulat de « Monsieur Contraste » révèle ces problèmes, jouant sur le contraste de la gloire de l’art face à la réalité des responsabilités. Lorsque son ami Rodrigo Dorfman a évoqué l’idée de réaliser un documentaire sur sa vie d’artiste, Rostagni a sauté sur l’opportunité. « J’attendais depuis 10 ans [qu’il me le propose],” s’exclame-t-il.

En effet, ainsi que le fait comprendre « Monsieur Contraste », Rostagni est dans le contraste et l’opposition, d’écoles, de fonds et de formes. « J’aime à m’appeler Monsieur Contraste parce que c’est essentiel. C’est tout ! Sans contraste, l’univers est mort. Cependant, travailler avec le contraste est un défi critique… d’un côté, les contrastes donnent vie à l’image, d’un autre, plus vous avez de contrastes et plus vous perdez de détails… les détails contribuent au réalisme de la photographie. Aussi, il est de mon devoir de trouver l’équilibre entre réalisme et expressionnisme. »

Suite à la première mondiale du film au Cucalorus Films Festival, en novembre 2012, Rostagni se réjouit d’avoir neuf projets dans sa ville, en parallèle à une exposition de ses œuvres. De plus, grâce à une remarque désabusée de sa femme, l’encourageant à trouver un travail à Whole Foods, l’épicerie fine a sponsorisé la production du film et a encouragé le soutien des artistes locaux tels que Rostagni. Il est confiant que cette entreprise donnera un élan à ses ventes et améliorera sa réputation auprès du grand public.

Se définissant lui-même comme un “décilleur professionnel”, c’est à dire comme « quelqu’un qui consacre sa carrière à forcer les gens à voir ce qu’ils ne peuvent, ou ne veulent voir, » nous ne pouvons que souhaiter que « Monsieur Contraste » et son exposition éponyme amèneront le monde à voir l’artiste et son art.

Davantage d’informations sur « the Church of Photography » et sur le documentaire : http://monsieurcontraste.com/screenings/carrack

Dernière modification : 04/02/2014

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