Thierry Boutet: ou la ténacité d’un Conservateur –restaurateur d’Art.

Beaucoup d’expatriés arrivent aux États-Unis sans imaginer y rester longtemps mais s’installent finalement définitivement. D’autres y viennent conscients que leur séjour sera limité. Aussi, la façon dont ces personnes gèreront leur temps déterminera la richesse de leur expérience. Pour Thierry Boutet, le choix était simple : il n’y avait pas un instant à perdre.

Ce natif de la région parisienne s’est installé à Atlanta, en août 2010 après l’affectation de Virginie, son épouse. Malgré son anglais “médiocre”, comme le décrit Thierry Boutet, celui-ci a un véritable talent, et surtout une passion, pour l’une des disciplines les plus pointues : la restauration et la conservation d’œuvres d’art.
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L’Eclosion d’une passion


Contrairement à beaucoup de ses collègues —il y a seulement 1000 conservateurs dans tous les Etats-Unis— Thierry Boutet a découvert cette carrière assez tardivement. Né dans une famille modeste, il a été un constant amateur d’art et a étudié les arts visuels à la Sorbonne. Pendant ses années universitaires, Thierry Boutet a travaillé au Musée du Louvre, à Paris, où il a développé un vif intérêt pour le processus de conservation et de préservation du patrimoine artistique pour les générations futures.

« C’est utile de travailler au service d’un tableau » explique Thierry Boutet, ses yeux noisette animés d’enthousiasme. « Il est indispensable de connaître les propriétés de la peinture afin d’en conserver l’essence. L’aspect technique est majeur mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une œuvre d’art. Il faut demeurer fidèle à l’idée originale de l’artiste au moment de l’exécution. Même si l’aspect créatif n’est pas présent dans le processus de restauration, il n’en demeure pas moins qu’une analyse et une réflexion approfondie sont essentielles. Comment préserver une peinture pendant les quatre-vingt prochaines années ? » Quatre-vingt ans étant la durée moyenne entre deux restaurations.

Les portes du monde de la conservation se sont ouvertes devant Thierry Boutet à l’issue de son DEA (Master). Son cursus de trois années de formation à l’Atelier du temps passé à Paris suivi d’un stage à l’Institut d’Art Conservation et Couleur où il a travaillé pour Madame Brans, figure de référence de la conservation, lui a permis d’obtenir une place extrêmement convoitée à l’Atelier Laquèus où il s’est consacré à l’apprentissage de la restauration d’objets et meubles d’art laqués de Chine et du Japon, savoir-faire maîtrisé par très peu d’artisans dans le monde.

Pendant tout son parcours, son amour de jeunesse était avec lui. « Nous nous sommes rencontrés au collège et ne nous sommes plus jamais quittés. C’était il y a 17 ans. » Elle l’aida pendant qu’il étudiait et lorsque vint le moment pour elle de réaliser son rêve de travailler au sein du Ministère des Affaires Etrangères Thierry Boutet n’hésita pas un instant.

« Comme on dit : il faut savoir partir pour mieux revenir. »

Avec leur jeune fils, le couple s’est installé à Londres, où Thierry Boutet s’est trouvé rapidement un emploi auprès de l’une des plus éminentes conservatrices, lui permettant d’intervenir sur des tableaux aussi prestigieux que les portraits de Reynolds et de Gainsborough, entre autres.

Il continua aussi à préserver et à approfondir ses connaissances et son savoir-faire en matière de restauration d’objets occidentaux en laque en travaillant pour l’atelier Compton and Schuster. Malheureusement, la crise économique qui a frappé à ce moment là a obligé Thierry Boutet à adopter une approche différente et originale pour trouver du travail.

« Il faut travailler sa technique chaque jour, aller aux musées, visiter des galeries, assister à des ventes aux enchères… sans cela, vous perdez votre savoir-faire. »

Réussir dans le Sud-est


La ténacité de Thierry Boutet lui a permis de travailler sans cesse et s’est révélée être un atout lorsqu’il arriva à Atlanta.

Son portfolio en main, il a frappé à toutes les portes, des plus grands musées aux plus petites galeries. « J’ai toujours fait cela. [La conservation] est ma passion. Je vis pour ça. Ici, j’ai connu un accueil plus chaleureux qu’ailleurs. Les Américains vous donnent une véritable chance».

Après de nombreuses recherches, Thierry Boutet a découvert le Centre de Conservation d’Art d’Atanta, plus grand centre de restauration du Sud-Est des États-Unis, filiale de Williamstown Art Conservation Center, de Williamstown (Massachusetts) et du High Museum of Art. C’est ainsi qu’ont débuté les visites hebdomadaires.

« Il ne cessait de venir, sans toutefois exercer de pression » explique avec un grand sourire, Michelle Savant, conservatrice-restauratrice à l’Atlanta Art Conservation Center, cette dernière venant de prendre une pause pour se joindre à la conversation et soutenir son collègue. “Ça se passait toujours comme ça : le p’tit Français est encore venu ! Puis un jour, il est venu sans rien demander. Il s’est assis simplement à côté de moi pour me regarder travailler et discuter. Dés qu’il fut parti j’ai dit à Larry [Shutts, conservateur-restaurateur, en charge des peintures] qu’il fallait donner du boulot à ce gars.”

Thierry Boutet fut alors engagé à temps partiel.
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Coïncidence heureuse, l’Atlanta Art Conservation Center a reçu, au même moment, une commande titanesque : restaurer la fresque du Talledega College, “Amistad” de Hale Woodruff, avant son périple de trois années, pour être exposée dans tous le pays. Cette œuvre aux dimensions gigantesques nécessitait de la main-d’œuvre supplémentaire. Ainsi, le travail à temps partiel se mua rapidement en heures supplémentaires. Captivé par son travail, Thierry Boutet en est même venu à oublier de déjeuner. Ses collègues, impressionnés par sa rapidité et sa précision, n’ont pas tardé à lui offrir de travailler à temps plein comme Conservateur-Restaurateur assistant.

S’adapter puis bien se lancer


Cette nouvelle position a permis à Thierry Boutet de découvrir beaucoup de collections publiques et privées de la région. « C’est un travail très gratifiant ; surtout dans le Sud où les gens sont très chaleureux. Pour moi, un sourire est une belle récompense » admet-il. « Bien sûr, être Français facilite les rapports. Je suis souvent invité par mes clients à leur rendre visite ou à boire un verre avec eux. »

Loin de l’agitation de leur vie professionnelle, Thierry Boutet et sa famille se sont construit un nid douillet à Atlanta. La famille est leur priorité. S’assurer que Dorian s’adapte bien à son environnement et reste bien en contact avec ses amis en France est vital. Avec cette même ténacité et esprit d’analyse qui caractérisent Thierry Boutet, il a recherché la meilleure école, celle qui assurerait une excellente éducation à son fils. En plus des cours proposés à l’école, Dorian est élève à l’école du samedi. Bien qu’encore très jeune, il exprime déjà le même goût et le même talent pour la peinture, que son père avec qui il aime peindre.

Bientôt, la famille Boutet repartira, poussée par les exigences de la vie d’expatrié. Toujours animés par le même souci du bien-être et de l’éducation de leur fils, Thierry Boutet et son épouse souhaitent repartir en Europe pour être proche de leur famille ou bien dans un pays anglophone afin d’entretenir l’anglais, à la prononciation parfaite, de Dorian. Naturellement, quitter un emploi tel que celui-ci n’est pas facile. « Si je le pouvais, j’emporterais ces deux-là avec moi ! » plaisante Thierry Boutet en désignant ses collègues, tristes de le voir partir.

« Où allons-nous trouver un autre Français avec qui plaisanter ? » se lamente Michelle Savant.

Quel conseil Thierry Boutet peut-il donner à de nouveaux arrivants ? « Si vous savez que vous venez pour un temps limité, ne perdez pas de temps. N’hésitez pas à rencontrer du monde. Aller sur place. Renseignez-vous avant à qui vous avez à faire. Il faut provoquer la rencontre et ne pas lâcher.»

Une recommandation pleine de sagesse de la part d’un artiste qui sait de quoi il parle.

Dernière modification : 25/11/2014

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