Fervent de diversité, le Président de l’Institut Lafayette relève de nouveaux défis

JPEG Oubliez le cliché du vieux scientifique, enfermé dans son laboratoire, la tête dans les nuages. Bernard Kippelen —scientifique, professeur, entrepreneur et nouvellement élu président de l’Institut Lafayette—est la démonstration parfaite que le progrès scientifique moderne résulte de la synergie créée par une approche globalisée et hautement sociale.

Ce qui n’était au départ qu’un post-doc à l’Université d’Arizona, obtenu grâce à son travail au CNRS, changea radicalement le cours de la vie de ce chercheur en optique non linéaire, originaire d’Alsace, et ceci pas simplement au niveau professionnel. Quelques jours après son arrivée à Tucson, Bernard Kippelen rencontra une jeune compatriote, Virginie Drujon, fraîchement arrivée pour étudier le journalisme. Les deux se marièrent en France, mais seulement après avoir embrassé avec élan la culture américaine. En plus des paysages à couper le souffle du Sud-Ouest des États-Unis et des bons souvenirs de Tucson, les États-Unis offrirent des opportunités professionnelles enrichissantes aux Kippelen. Ainsi, lorsqu’un poste de chercheur fut ouvert à l’Optical Sciences Center à l’Université d’Arizona, le couple n’hésita pas à installer leur foyer à Tucson.

En 2003, une offre de professeur en ingénierie électrique et informatique à Georgia Tech poussa Bernard Kippelen et le reste de sa famille à quitter le vaste et aride désert du Sud-Ouest en faveur de la verdure de la Géorgie. Un des facteurs décisifs qui motiva cette délocalisation fut que ce scientifique, qui croit fermement en une approche collective et internationale de la science, recherchant des partenariats et opportunités de collaborer avec d’autres personnes autour du globe, trouvait que « la vision globale de Georgia Tech apportait un caractère unique à l’université, différente d’autres universités publiques des Etats-Unis ». Cela ne peut-être mieux incarné que dans le campus de Georgia Tech-Lorraine (GTL), situé à Metz, qui offre une dimension internationale aux étudiants des deux côtés de l’océan.

« J’ai toujours collaboré avec beaucoup de monde car je sens que cela ajoute une dimension supérieure » dit Bernard Kippelen. « La dimension internationale et la diversité culturelle qu’elle apporte m’ont toujours attiré. La diversité est enrichissante tant du point de vue humain que scientifique… C’est pour ça que je suis là, un Français qui vit aux États-Unis ».

En 2005, une délégation lorraine rencontra les dirigeants de Georgia Tech afin d’étudier des opportunités pour des échanges de technologies qui pourraient être valorisées grâce aux compétences de Georgia Tech et de leur longue relation avec la région depuis la création de GTL en 1988. Un groupe de travail fut créé, dont Bernard Kippelen fit partie, et des plans menèrent à la création de l’Institut Lafayette, plate-forme de transfert de technologies visant à la commercialisation de produits innovants. En novembre 2010, un accord fut signé et, en avril 2012, des représentants de Georgia Tech et de plusieurs collectivités territoriales de Metz et son agglomération, du département de Moselle, et de la région Lorraine se rencontrèrent à nouveau pour établir officiellement l’Institut Lafayette, nommant Bernard Kippelen président. Avec un plan d’action déjà en marche et la construction du site qui commencera en octobre, le projet devrait rapidement se concrétiser et devenir totalement opérationnel en 2014.

En plus de rendre de nombreuses innovations technologiques commercialisables, l’Institut Lafayette aidera Bernard Kippelen à combiner encore davantage deux de ses plus grandes passions : la science et la diversité. Son groupe de recherche, constitué d’étudiants, de post-docs et de chercheurs du Center for Organic Photonics and Electronics, où il travaille en tant que directeur, a développé des cellules solaires faites de matériaux organiques légers et flexibles qui, une fois complètement finalisées, pourraient révolutionner l’industrie de l’énergie solaire. Son groupe aura l’opportunité de collaborer avec l’Institut Lafayette pour ouvrir de nouveaux marchés dans le domaine de l’énergie solaire. Véritable avocat et passionné du solaire, Bernard Kippelen est enchanté par cette perspective pour ses étudiants. « Former les étudiants dans une industrie naissante qui en plus a un impact sur l’écologie, sur l’environnement—moi, ça me passionne, c’est le rêve. On joint l’utile à l’agréable ». Bien sûr, la route de la recherche est longue, sans évoquer même les enjeux politiques et technologiques. Pourtant, Bernard Kippelen est très optimiste. « Moi, les défis, je les vois comme les opportunités… si les choses sont faciles dans la vie, ça ne sert à rien de s’y intéresser ».

Il ne fait aucun doute que la venue de Bernard Kippelen dans le Sud-Est s’est révélée professionnellement gratifiante alors qu’il relève de nouveaux défis. Néanmoins, la région offre un mode de vie qui a nécessité un temps d’adaptation, si différent de Tucson ou de Soultz, sa ville natale qui compte 6000 habitants. Parfois les Kippelen et leurs deux enfants, nés tous les deux en Arizona, ont le mal du pays et se languissent des vastes étendues de l’Ouest. Toutefois, ils ont appris à apprécier le côté urbain d’Atlanta ainsi que sa vibrante vie culturelle, en contraste avec la proximité immédiate de la campagne. Ils ont même acquis la double nationalité afin de participer pleinement à la vie civique de leur pays d’adoption. Bien intégrés au sein de la communauté, ils essayent de participer aux activités proposées par l’Alliance française ou le Consulat général de France quand leur temps libre leur permet, car, selon Bernard Kippelen, il y a une certaine « responsabilité à promouvoir la culture française de façon à ce que les Américains comprennent mieux quelle est la culture française et également l’importance des relations franco-américaines ».

Et, bien sûr, l’aéroport d’Atlanta apporte le monde entier à leurs pieds, facilitant l’accès à l’Europe pour voir leur famille ou pour partir au ski à Taos. Entre leur pont vers l’étranger et leur chaleureuse maison à Decatur, parfaitement située entre Georgia Tech et le Dekalb Farmers Market dont ils sont de véritables fans, la famille Kippelen a créé un cocon, bien équilibré, avec deux cultures où très peu semble manquer. Nonobstant, Bernard Kippelen, cycliste amateur, se languit des montagnes. Il espère un jour gravir le Mont Blanc si la santé et les changements climatiques le permettent. Pour ce visionnaire dynamique, seul le ciel est sa limite.

Photograph : © Virginie Drujon-Kippelen 2012

Dernière modification : 30/08/2012

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