Joseph Parello, passionné par la complexité du vivant et du monde qui l’entoure

JPEG C’est en 1958, que Joseph Parello, étudiant à l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse (ENSCT), découvrit le monde de la biologie moléculaire grâce à un article scientifique publié dans la prestigieuse revue Endeavour. Cette revue, offerte par son professeur de physique, a depuis été précieusement conservée comme un talisman. Lorsque Linus Pauling, prix nobel de chimie en 1954 et de la paix en 1962, invité à l’ENSCT, présenta une des structures de repliement des protéines appelée hélice alpha, ce fut pour Joseph Parello un déclic : il poursuivit dès lors ses études dans le domaine de la biologie en plus de ses cours en physique et chimie dans l’espoir de, peut-être un jour, pouvoir faire avancer la science.

Ce parcours interdisciplinaire a été le fil conducteur de sa carrière scientifique au CNRS de 1961 à 2004, période durant laquelle Joseph Parello s’appliqua à « intégrer le monde moléculaire dans le fonctionnement du vivant ». Maintenant retraité du CNRS et chercheur à Vanderbilt University, à Nashville dans le Tennessee, il participera en septembre 2011 au congrès international Hydrogen Bond Research, à Göttingen en Allemagne, où il présentera une vision nouvelle de l’hydratation des hélices alpha des protéines, et ce 53 ans après les avoir découvertes !

En 1990, un détachement au Ministère des affaires étrangères lui permit d’assurer la direction d’un programme international de coopération scientifique entre le CNRS et l’Université de Californie à San Diego, où il enseigna également.

Mais qu’a bien pu amener M. Parello à Vanderbilt en 2004 après sa carrière au CNRS ? Deux raisons : la première, son épouse est américaine ; la deuxième, l’attrait du « respect d’un contrat ». « Aux États-Unis, l’évaluation scientifique repose sur la notion de contrat, contrat intellectuel entre l’évaluateur et l’équipe scientifique évaluée avec remise d’un rapport très élaboré qui encourage aussi une certaine souplesse et indépendance dans l’exécution des recherches », déclara t-il.

Ses projets, après 50 ans de recherche, sont précis : utiliser l’acquis en recherche fondamentale pour aborder une problématique pleinement pharmacologique. Joseph Parello ajoute aussi : « Si nous décrivons bien nos faits (le premier devoir du scientifique), on peut être assuré que d’autres reprenant la tâche sauront la mener plus loin, en y incluant les facettes de cette complexité qui caractérise le vivant. On aura compris que je suis le contraire d’un opportuniste : la Nature ne joue pas aux dés avec les hommes, il s’agit de la comprendre ».

A la question « Que pensez-vous du Tennessee ? », Joseph Parello répond : « Le Sud des Etats-Unis tend à perdre son passé tumultueux et ne peut qu’y gagner en modernité citoyenne. La musique la plus authentique de cette région traduit sans doute ces déchirements historiques. Les paysages du Tennessee sont bien admirables, pour celui qui comme moi est un usager assidu des randonnées organisées par Vanderbilt ».

Ce qui fascine et continuera de fasciner M. Parello, c’est l’aptitude de l’esprit humain, comme la définissait Einstein, à comprendre le monde qui nous entoure : « Une cellule du plus humble organisme est une machine d’une grande complexité ».

Né en pleine guerre civile espagnole, Joseph Parello et sa mère furent accueillis en France, à Toulouse plus précisément, à l’automne 1946 comme réfugiés politiques fuyant le franquisme. Lors de son adolescence, il avait eu l’honneur d’être invité à exposer des peintures parmi les peintres de l’exil républicain espagnol en France. Le contact avec le monde de la peinture et une certaine pratique de celle-ci continue ainsi d’accompagner sa vie. D’autre part, grandir dans une communauté touchée par l’histoire l’a conduit à se joindre à une communauté d’historiens (Association for Spanish and Portuguese Historical Studies).

Lorsque nous lui demandons une anecdote, il nous raconte cette histoire de l’été 1975 entre l’Angleterre et la France :

« Après un séjour au laboratoire de Cambridge, où j’avais construit une double hélice d’ADN avec des morceaux de ferraille, je devais revenir en train de Cambridge à Montpellier avec de multiples changements. La maquette construite était lourde et volumineuse et protégée par deux corbeilles à papier. A Londres, j’aperçois une bande de Hells Angels, qui avait embarqué à bord du train accompagné de leurs Harley-Davidson et d’une quantité de bières impressionnante ! Prenant les deux récipients cylindriques pour de banales poubelles, les motards commencèrent à jeter leurs canettes vides dans celles-ci. J’avais alors expliqué à l’un de ces gaillards qu’il ne s’agissait pas de poubelles mais de corbeilles contenant un objet précieux : un modèle ADN. Le mot fit merveille ! Le mot était bien connu des Hell Angels ! Je dus montrer le modèle et une curiosité bienveillante s’établit alors dans le compartiment, rempli de « poids lourds humains ». Il est dit que les Hell Angels ont pour devise : ‘When we do right, nobody remembers. When we do wrong, nobody forgets’. Il serait (scientifiquement) injustifié d’ignorer leur intérêt momentané pour l’ADN, l’été 1975, dans le train de Calais à Paris ».

Dernière modification : 25/08/2011

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