La souris s’humanise

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Imaginez le jour où un patient atteint du cancer voit un échantillon de sa tumeur transplanté dans une souris "humanisée", c’est-a-dire modifiée génétiquement afin d’imiter le système immunitaire du patient. Ce modèle animal permettrait d’identifier le traitement le plus adapté pour soigner le malade. C’est l’idée que la généticienne Carol Bult, professeur au Laboratoire Jackson [1] dans le Maine, a introduite lors de la 21st Annual Health Research Day, le 25 février 2011, qui se déroulait à l’Université of South Florida (USF), à Tampa.

Comme C. Bult l’a exposé lors de sa présentation intitulée Les souris, modèles des maladies humaines : Où en sommes nous, où allons nous ? [2], les travaux du Laboratoire Jackson consistent à établir une correspondance entre gènes et maladies établie au moyen du modèle de la souris afin de transposer à l’homme les résultats des recherches sur le modèle. La méthode comportant évidemment l’exposition de la souris porteuse de la maladie aux différents traitements cliniques disponibles.

Du bon usage de la souris

Les souris sont de loin le modèle le plus utilisé pour les études génétiques, notamment pour les maladies et leurs traitements. Elles sont petites, faciles à élever, et ont une période de vie courte (de 1 à 3 ans) permettant aux chercheurs de suivre la maladie du début à la fin en un temps limité. De plus, l’homme et la souris ont un patrimoine génétique similaire.

De nos jours, il est possible de créer des souris génétiquement modifiées dans le but de leur faire produire une nouvelle protéine ou de surexprimer une protéine à l’origine d’une maladie. Les chercheurs peuvent également créer des souris génétiquement modifiées en ciblant les gènes d’intérêt dès le stade embryonnaire, par l’intermédiaire des cellules souches. De nouvelles technologies permettent même de choisir l’étape du développement de la souris où le gène va être activé ou inactivé et la maladie va se déclarer. De la même manière, le Laboratoire Jackson, depuis sa fondation en 1929, a créé plus de 4000 lignes de souris différentes afin d’étudier la génétique des maladies comme les cancers, la trisomie, le diabète et les maladies cardio-vasculaires.

La souris humanisée

Les travaux de C. Bult se concentrent sur l’inventaire du système génétique dans son intégralité pour l’étude des maladies provoquées, le plus souvent, par le dysfonctionnement, non pas d’un seul gène mais de plusieurs gènes. Dans un futur proche, les fonctions de tous les gènes humains pourraient être établies grâce aux études génétiques menées sur la souris et ceci devrait contribuer à l’élaboration de nouveaux médicaments et à l’identification des cibles visées par ces traitements. Les souris humanisées, lorsqu’elles seront préparées pour un profil génétique précis, feront progresser notre capacité à tester l’efficacité et la toxicité des composés chez la souris pour le bien des patients.

Le Laboratoire Jackson et l’USF ont pour projet la construction d’un centre de recherche biomédicale en Floride [3,4] qui combinerait la compétence du Laboratoire Jackson dans les techniques génomiques de pointe avec l’expertise de l’USF en médecine clinique pour explorer de nouvelles approches concernant la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies. Ce centre, dont la localisation a été révélée ce mercredi 2 mars 2011, sera construit dans la région de Sarasota [4]. Ce centre se veut un village biomédical qui réunira recherche, médecine clinique et éducation et générera 2200 emplois avec une activité économique estimée à 600 million de dollars par an d’ici 2030.


Conclusion

En juillet 2010, l’USF et le Laboratoire Jackson se sont associés dans le but de faire avancer la génétique chez la souris et par la suite de transposer ce savoir au traitement de maladies humaines.

Dans un futur proche, nous pouvons espérer que les gènes identifiés comme jouant un rôle central dans la pathogenèse d’une maladie pourront aussi servir de cibles pour des médicaments, ou pour les thérapies cellulaires (introduction de cellules souches pour traiter une maladie) et géniques (introduction de gènes dans les cellules d’un individu pour traiter une maladie). De plus, après l’identification des gènes liés à une maladie spécifique, il sera essentiel de comprendre les interactions entre la génétique et les facteurs épidémiologiques et environnementaux.

Pour en savoir plus :

- http://www.genome.gov/10005834
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/QXamg
- http://nar.oxfordjournals.org/content/38/suppl_1/D586.full.pdf+html
- http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=19761
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/z4LVR

Source :

[1] http://www.jax.org/index.html

[2] http://hscweb3.hsc.usf.edu/health/now/?p=17541

[3] http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Vs3Xu

[4] http://redirectix.bulletins-electroniques.com/MkrfL

Rédacteur :

Johanna Ferrand, deputy-sdv.at@ambascience-usa.org


Origine :

BE Etats-Unis numéro 238 (4/03/2011) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/66047.htm

Dernière modification : 02/05/2011

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