Les Compagnons du Devoir et l’American College of Building Arts

JPEG Trois personnalités d’exception inaugurent le lancement de la rubrique « Les Français à l’honneur » : Jean Lemineur, Mikael Letendard et Bruno Sutter. Ces derniers, « Compagnons du Devoir », enseignent à l’American College of the Building Arts (ACBA) de Charleston, en Caroline du Sud, où ils partagent leur savoir-faire et leur passion des métiers traditionnels. Créé en 2004, l’ACBA a en effet fait appel à l’Association ouvrière française « Les Compagnons du Devoir du Tour de France » pour constituer une partie de son corps professoral, faute de personnel qualifié en nombre suffisant aux Etats-Unis. Lieu unique en son genre, l’ACBA, dirigé par William Christie, est le seul établissement scolaire américain proposant six spécialisations au niveau master. Au menu : l’enseignement traditionnel de la ferronnerie, taille de pierre, menuiserie, maçonnerie, plâtrerie et charpenterie.

JPEG Jean Lemineur entre à l’âge de 21 ans chez les Compagnons, où il apprend l’art de la maçonnerie ainsi que les bienfaits de la vie en communauté et le goût du voyage. En effet, Les Compagnons du Devoir n’est pas une association ouvrière comme les autres. Héritière des mouvements du compagnonnage nés à l’époque de la construction des cathédrales (vers le XIIe siècle), l’association a cultivé certaines valeurs éthiques et une sorte de mystique réaliste du travail bien fait, de la richesse de l’expérience pratique et de la transmission des savoir-faire. Après avoir vécu en France durant neuf ans, Jean découvre ensuite l’ACBA et décide de s’expatrier en 2005 à Charleston. Grâce à l’ACBA, il découvre pour la première fois les Etats-Unis. Attaché aux préceptes des Compagnons, Jean souhaite former ses étudiants « professionnellement, mais aussi humainement » et revaloriser des métiers trop souvent dits « de musée ».

JPEG Charpentier de formation, Bruno Sutter est originaire d’un petit village situé à quinze kilomètres de Colmar, en Alsace. Il entre chez les Compagnons à l’âge de 19 ans. Grâce à l’association, il voyage en France, en Belgique, au Luxembourg et aux Etats-Unis, où il séjourne pendant un an dans le New Hampshire. En 2005, Bruno est sélectionné par le service international des Compagnons pour contribuer à la création de l’ACBA. Simultanément, il crée en France une micro-entreprise dont il est le seul employé, fournissant des prestations (calcul, dessin) à des cabinets d’architectes français. Cette activité occupe toujours une partie importante de son temps. Fort de son expérience de Compagnon, sa philosophie est de « former des artisans qui soient capables d’entretenir leur patrimoine immobilier ».

JPEG Natif de Rennes, en Bretagne, Mikael Letendard a enseigné la menuiserie chez les Compagnons pendant plus de deux ans, où il travaillait en collaboration avec Bruno Sutter. Après diverses expériences aux Philippines, aux Caraïbes et en Arabie Saoudite, il entre à l’ACBA au mois d’août 2007. Voyageur dans l’âme, Mikael est impatient de parcourir le territoire américain. Séduit par la région de Charleston, il apprécie particulièrement les conditions idéales de travail dont il bénéficie et la possibilité de fournir un encadrement très personnalisé à ses élèves. Fier de travailler pour « la seule école qui, aux Etats-Unis, se soucie du devenir du métier », Mikael souhaite développer les partenariats entre l’ACBA et les entreprises de la région.

Passionnés par leur métier, Bruno, Jean et Mikaël considèrent l’enseignement à l’ACBA comme un des moments les plus enrichissants de leur carrière : « la formation, c’est un passage dans le métier qui m’apporte énormément », affirme Jean Lemineur. Pour autant, tous souhaitent, dans un futur proche, créer leur propre société et travailler à l’école à temps partiel. « En tant que charpentier, j’ai plus d’opportunités ici qu’en France. Il n’y a pas autant de concurrence », explique Bruno. En effet, seulement 350 entreprises de charpenterie traditionnelle sont implantées sur le territoire des Etats-Unis, et la plus proche de Charleston se situe à quatre heures de route. Face au patrimoine historique de la région, Bruno et ses collègues ont peu de doutes sur leur potentiel de réussite.

Dernière modification : 21/03/2011

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